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Jean-Louis Fortin et Hugo Joncas | Le Journal de Montréal

| Publié le - Mis à jour

L’imprésario déchu Guy Cloutier poursuit l’énigmatique organisateur politique Mario Bertrand, qui lui aurait emprunté un million de dollars sans jamais le rembourser complètement.

Chef de cabinet du premier ministre Robert Bourassa à la fin des années 1980 avant d’aller s’installer dans le paradis fiscal de Monaco, Mario Bertrand a ensuite été conseiller spécial du chef de la CAQ François Legault dans la foulée de la création du parti en 2012.

Ses démêlés rocambolesques avec Guy Cloutier ont commencé toutefois en février 2010.

Cloutier aurait prêté très exactement 953 060 $ à Bertrand, moins de quatre ans après sa sortie de prison pour avoir agressé sexuellement deux personnes mineures, dont la chanteuse Nathalie Simard.

« Il a été convenu entre les parties que cette somme [...] serait remboursée sur demande », soutient l’ex-producteur et agent d’artistes dans la demande introductive d’instance déposée vendredi dernier en Cour supérieure.

Mario Bertrand aurait remboursé une partie de son dû au fil des années, sauf une somme de plus de 415 000 $ que l’impresario déchu réclame maintenant en plus des intérêts.

L’aventure s’est compliquée avec le divorce entre Mario Bertrand et son ex-épouse Julie Paquet, survenu en 2016.

Cloutier allègue que dans le cadre du divorce, Mme Paquet aurait obtenu, en vertu d’une entente, le transfert de « la totalité des actifs » de Mario Bertrand. En conséquence, ce dernier serait devenu « insolvable ».

Cloutier dit avoir été informé que cette entente « avait été signée dans le but de tromper les autorités fiscales, ainsi que les créanciers actuels et futurs » de Mario Bertrand.

C’est loin d’être la première fois que Mario Bertrand emprunte des sommes importantes à des personnages controversés.

L’ex-directeur général du Parti libéral du Québec, Joël Gauthier, a réglé hors cour une poursuite avec lui en 2017. Il le poursuivait en alléguant n’avoir jamais revu la couleur des 25 000 $ qu’il lui avait prêtés.

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Mario Bertrand a également emprunté 310 000 $ à Pierre Bibeau, ex-V.-P. de Loto-Québec et ancien conjoint de l’ex-ministre libérale Line Beauchamp.

L’ex-conseiller politique a également fait parler de lui en 2013 quand il a pris la présidence du conseil d’administration d’Hexagone. Cette entreprise avait acquis le gros des compagnies de construction de Tony Accurso, emporté par des scandales de corruption.

Joël Gauthier, les fils d’Accurso et le dragon Gaétan Frigon étaient également de l’aventure qui a tourné au vinaigre, sur fond d’enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), qui soupçonne l’entrepreneur déchu d’avoir lui-même financé le rachat de ses compagnies.

– Avec la collaboration de Michael Nguyen

Au fil des années, Mario Bertrand a été impliqué dans de surprenantes histoires de prêts personnels.

Le conjoint de la ministre

En 2017, notre Bureau d’enquête a révélé que Pierre Bibeau, ex-V.-P. de Loto-Québec, lui avait prêté de l’argent deux fois plutôt qu’une.

Bertrand avait d’abord remboursé un prêt de 135 000 $ à Bibeau, en novembre 2011. Moins de deux mois plus tard, en janvier 2012, Pierre Bibeau lui accordait un autre prêt personnel de 175 000 $.

Ces transactions étaient considérées suspectes par la Banque Royale, qui estimait qu’elles « pourraient être reliées au financement illégal d’activités politiques et à une opération de blanchiment d’argent », ce qui n’a pas été avéré à ce jour.

 L’ex-patron de l’AMT

En 2013, Mario Bertrand a eu besoin d’un « petit service » : un prêt de 25 000 $ pour sa conjointe et lui. Ils revenaient s’installer au Québec et « l’ensemble des liquidités du couple étaient localisées à Monaco », selon une poursuite de l’ancien PDG de l’Agence métropolitaine de transport et ex-patron du Parti libéral du Québec, Joël Gauthier.

Pour éviter tout problème, l’argent est allé dans le compte de la femme de Bertrand, puisque lui-même « était résident de Monaco aux fins fiscales », selon les documents de cour.

Selon Gauthier, Bertrand devait le rembourser en quelques semaines seulement, mais trois ans plus tard, il n’avait toujours pas revu la couleur de son argent. Dans un document, Bertrand et son ex niaient même lui avoir emprunté des fonds.

En 2016, les deux parties mentionnaient que des documents d’Hexagone pourraient « faciliter un règlement ». Le conflit semble donc avoir un rapport avec leur ancienne compagnie.

Gauthier, Bertrand et son ex se sont finalement entendus hors cour.

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